Vampire : La mythologie

L’origine du vampirisme fait toujours débat parmi les damnés. Si la plupart sont d’accord sur les bases, toute cette histoire est invérifiable et les sujets de discorde sont assez nombreux, même sur le fond, pour alimenter de véritables guerres saintes.

Premier vampire, premier assassin

Et l’Éternel lui dit : « C’est pourquoi celui qui tuera Caïn sera puni au septuple. » Et l’Éternel mit une marque sur Caïn, afin que quiconque le trouverait ne le tuât point.

- Genèse 4:15


Ces quelques mots suffisent à de nombreux vampires pour dater leurs origines de l’ère biblique. Caïn, fils d’Adam et d’Ève, tua son frère Abel en offrande à Dieu, qui, dans sa grâce, le bannit. Ensuite, les récits divergent, mais la plupart des érudits, eschatologues, prêtres et spéculateurs vampiriques sont d’accord sur ce qui suit. Caïn, le premier Vampire, erra sur la Terre de Nod, où il finit par transmettre sa malédiction, étreignant ceux qui constitueraient la seconde génération. Leur nom reste sujet à caution, quand il n’a tout simplement pas été oublié, mais ceux qui reviennent le plus souvent sont Énoch, Irad et Zillah. Eux-mêmes créèrent la troisième génération, qui regroupe les progéniteurs de ce que les damnés appellent aujourd’hui les clans. La chronologie de la vie de Caïn, de sa malédiction et de ses labeurs est consignée dans le Livre de Nod, un document digne d’une « Bible vampirique », comme le qualifient souvent les descendants. L’ouvrage lui-même semble mêler faits et légendes. Différentes éditions, plus ou moins fiables, ont été publiées depuis la disparition d’Abel, des premières tablettes d’argile à la version la plus couramment retenue, réalisée par le renégat Aristote de Laurent, puis disséminée par ses protégées et alliés. Même cette version demeure néanmoins suspecte, car elle renferme des textes apocryphes issus de diverses sources, si bien que l’ensemble ne saurait être digne de foi. Toutefois, véritable référence, elle inspire de nombreux damnés, des fougueux prêtres du sabbat aux disciples spirituels de la camarilla, en passant par les fanatiques anarchs.

Les damnés recherchent Caïn depuis longtemps, mais le premier Vampire n’aurait pas été vu depuis l’ère biblique. Toutefois, on a régulièrement rapporté sa présence au fil de l’histoire, sans que cela soit vérifiable, car les damnés ont besoin d’un symbole pour canaliser leur effroi et leur désespoir. Par ailleurs, des fragments du Livre de Nod apparaissent régulièrement dans divers domaines et ruines, et finissent toujours entre les mains des descendants.

Caïn et le Livre de Nod déchaînent les passions chaque fois qu’ils sont à l’ordre du jour dans une ville. La camarilla voit en Caïn un simple mythe : une parabole, très largement symbolique, mais peut-être accompagnée d’un fond de vérité. Le sabbat, en revanche, prend cette histoire très au sérieux, et sa fascination pour les prophéties de fin des temps (qui, pour beaucoup, viennent du Livre de Nod lui-même) provoque de nombreux conflits. Caïn est au cœur d’une religion parmi les vampires, avec son lot de fanatisme, d’intolérance, de dévotion, d’orgueil et de peur, si courants en matière de foi.

Comment expliquer que le mythe de Caïn soit si populaire et perdure ? La réponse est simple : la force de la vitae d’un damné est quantifiée par sa génération, le nombre de « crans » le séparant du premier Vampire.

Les générations

Chez les damnés, le concept de génération est important puisque chacune les sépare un peu plus du premier Vampire. Quand un caïnite étreint un mortel, l’infant ainsi créé a une génération de plus que lui ; une génération de plus le sépare donc de Caïn. Les fondateurs des clans constituent la troisième, leur descendance est la quatrième, etc., jusqu’à la treizième aujourd’hui.

Cette explication est néanmoins source de confusion. « Troisième génération » voudrait dire que trois crans séparent les antédiluviens de Caïn, mais la mythologie n’en mentionne que deux. Si Caïn lui-même n’est pas la « génération 0 », de quelle génération découle-t-il alors ?

La génération détermine notamment le potentiel d’un vampire. La maîtrise de certaines disciplines exige une génération minimum, qui détermine aussi la quantité de sang que peut renfermer le corps d’un damné. Certains vampires âgés n’éprouvent que rarement le besoin de se nourrir tellement leur réserve de vitae est importante.

Diablerie : l’Amaranthe

Une bonne génération s’accompagne aussi d’inconvénients. Comme elle est synonyme de potentiel, il n’est pas rare que les vampires des dernières générations cherchent à s’emparer du pouvoir de leurs anciens. Quand un damné boit jusqu’à la dernière goutte du sang d’un caïnite d’une génération inférieure, sa génération baisse. L’acte de transgression qui consiste à boire l’âme d’un vampire s’appelle la diablerie.

Naturellement, les anciens ont une sainte horreur de la diablerie (même si de nombreux nouveau-nés et ancillae seraient surpris d’apprendre combien d’anciens ont atteint leur propre génération en détruisant leur sire ou d’autres anciens). Aussi connue sous le nom d’amaranthe, la diablerie est le plus grave crime qu’un vampire puisse commettre à l’encontre d’un pair. Sauf en certaines circonstances…

Il arrive parfois qu’un crime soit si abject, que sa victime n’est pas protégée par l’interdit sur la diablerie. Par exemple, un prince qui décrète une chasse de sang précise souvent que celui qui diableriser le fugitif sera pardonné. Par ailleurs, au sein du Sabbat et de certains domaines anarchs, la diablerie est une forme de promotion acceptée (et même honorée). Après tout, si un vampire se laisse diableriser, eh bien, c’est sans doute qu’il était trop faible pour utiliser ses pouvoirs à bon escient.

Descriptif des générations

Bien que le concept de génération soit exprimé de manière graduée, le véritable sens de chacune est plus important que le nombre qui l’accompagne. chacune correspondant à une distinction sociale, synonyme d’un destin grandiose pour certaines, d’un très mauvais présage pour d’autres.

La seconde génération

La version la plus répandue du Livre de Nod affirme que les vampires de la seconde génération sont au nombre de trois. Dans cette chronique, Caïn étreint ces anciens inconnus pour qu’ils vivent à ses côtés dans la cité d’Énoch et le soulagent. Vu le surnom « d’antédiluvien » de la troisième génération, les damnés qui s’intéressent à ce genre de mystère prétendent que la seconde génération fut tuée lors du déluge ou des carnages qui s’ensuivirent. Il n’est pas étonnant de constater que les damnés âgés rechignent à parler de leur sire et de l’important conflit qui les opposa. De toute évidence, certains en savent plus qu’ils ne veulent bien le dire.

S’il existait aujourd’hui encore un vampire de la seconde génération, il s’agirait d’un être d’une puissance incalculable. Certains clans affirment que leur aïeul est de la seconde génération, et non de la troisième, habituellement associée à leurs fondateurs. Aux yeux de ceux qui accordent une grande importance aux origines des damnés, cela relève d’un orgueil démesuré ou de la pire des hérésies.

La troisième génération

De nombreux récits, plus terrifiants les uns que les autres, parlent de la troisième génération, mais seuls les noms de deux d’entre eux sont largement répandus : Lucian et Mekhet. Aujourd’hui, on les surnomme les antédiluviens, et il s’agit des fondateurs des treize clans majeurs. Si certains sont encore en vie, ils se cachent, pour rester à l’abri des affres du Jyhad. Quel que soit leur nombre désormais, ils ne mènent plus un conflit ouvert comme le mentionne le Livre de Nod, mais une guerre de l’ombre. En effet, le Jyhad semble constituer leur priorité, car ils prennent un malin plaisir à déjouer toutes les manœuvres de leurs adversaires.

Leurs actions vont de choses de peu d’importance, comme l’acquisition d’une œuvre d’art, à d’extraordinaires machinations impliquant des nations entières. Mais ils font preuve d’une subtilité telle que nul n’est réellement conscient de leurs manipulations. Les vampires de la troisième génération sont à part, divisés entre ceux qui sont prêts à partager le monde avec les mortels et ceux qui veulent le mettre au pas. Par ailleurs, certains ont peut-être atteint Golconde ou cherchent à aider leurs semblables à découvrir eux aussi cet état. Bien évidemment, eux aussi doivent participer au Jyhad, en luttant contre les anciens qui ne souhaitent pas que cela arrive.

Ceux de la troisième génération sont des êtres terribles, qui vivent depuis très longtemps et disposent de pouvoirs inconcevables pour leurs descendants. Certains affirment qu’ils ne peuvent succomber à la mort ultime que s’ils le veulent bien ou sont tués par un de leurs pairs. Dans ce cas, le Jyhad serait-il un conflit destiné à savoir qui sera le dernier ?

Les quatrième et cinquième générations

Ces vampires, connus sous le nom de mathusalems, sont presque aussi puissants et secrets que les antédiluviens. Ce sont bien souvent les plus puissants alliés, agents et pions du Jyhad, car leur pouvoir égale quasiment celui de la génération précédente. En conséquence, leur nombre a sensiblement décru au fil de millénaires de conflits entre eux, mais également contre de mystérieuses entités qui leur seraient supérieures. Rares sont les représentants de ces générations encore actifs. Certains trouvent refuge auprès de l’inconnu ou de la Tal’mahe’ra pour éviter le Jyhad et la diablerie. Le cercle intérieur de la camarilla serait constitué de plusieurs Mathusalems. D’aucuns, critiques, affirment que le véritable objectif des sectes est de déjouer les manœuvres des antédiluviens au sein des générations plus récentes. Bien que le pouvoir de Caïn soit quelque peu dilué parmi eux, les membres de la quatrième génération n’en restent pas moins très puissants, comparables à des dieux aux yeux des mortels et des novices.

Les sixième, septième et huitième générations

Les damnés de ces générations sont ceux que l’on qualifie le plus communément d’anciens, et ils jouent un rôle actif dans la société vampirique. Leurs manœuvres dictent les actes des principales sectes (du moins, à les croire) et les autorités locales sont habituellement issues de leurs rangs. Ceux qui apparaissent sur la scène publique sont habituellement des personnalités : des chefs de clan ou de lignée, des princes, des primogènes, des évêques, archevêques, barons anarchs et autarkis de marque. De nombreux princes de villes européennes sont de la sixième génération. de leur côté, les princes des villes américaines sont généralement de la septième ou de la huitième génération.

Il convient de noter que la huitième génération semble être la dernière dont les membres sont qualifiés d’anciens par leurs aînés. Peut-être est-ce parce que la plupart d’entre eux ont été créés avant l’ère contemporaine et que cela se voit dans leurs manières et leur comportement. Néanmoins, peut-être s’agit-il d’une forme de sarcasme visant tous ceux qui sont sous le rang de Mathusalem.

Les neuvième et dixième générations

Bien qu’ils soient parfois qualifiés d’anciens, ces damnés frayent souvent avec les jeunes générations, notamment dans le Nouveau Monde. Les membres de cette génération sont plus fréquemment qualifiés d’ancillae, un terme plus souvent basé sur leur âge et leurs actions que sur leur génération. La plupart sont le fruit de l’ère contemporaine, et paraissent donc étranges aux yeux des damnés plus âgés. D’une certaine façon, ils comblent le fossé existant entre les nouveau-nés et les véritables anciens.

Les onzième, douzième et treizième générations

Les plus récentes générations de vampires sont souvent qualifiées de nouveau-nés. La plupart des damnés d’aujourd’hui appartiennent à ces générations, et sont sans doute quatre fois plus nombreux que ceux des générations antérieures. Nés depuis peu, ils sont le fruit d’une société qui connaît un changement rapide, en mal comme en bien. De toute évidence, ils sont en phase avec la technologie moderne. Ils sont donc habitués aux autoroutes de l’information, et il ne leur viendrait pas à l’idée de confier à un cavalier un message à remettre dans un village situé à 500 kilomètres. Ce sont les vampires de la génération de l’information, ceux qui se servent d’ordinateurs et de médias sociaux, et sont peut-être en train de changer la nature des vampires.

Les quatorzième et quinzième générations

Il y a très peu de vampires de ces générations, et aucun au-delà. En effet, ceux de la quinzième génération n’arrivent tout simplement pas à produire de descendance. Leur sang est beaucoup trop dilué et ils sont tellement éloignés de Caïn, qu’ils ne sont plus en mesure de transmettre la malédiction. Des rumeurs évoquent le fait que certains vampires donnent naissance à des enfants au lieu de créer des infants, tandis que d’autres rapportent des éléments ne se trouvant pas dans le Livre de Nod. Mais l’ouvrage est précis sur un point : l’apparition du sang clair est l’un des signes du Jugement dernier et de l’arrivée de la Géhenne.

La Géhenne

D’après les vampires, la Géhenne est la fin des temps, du moins pour leur race. Le ciel déversera un déluge de sang et le monde sera débarrassé d’eux. Les antédiluviens endormis sortiront de leur torpeur millénaire pour dévorer leurs infants. Caïn en personne reviendra et demandera des comptes à sa race dégénérée, et Dieu lui-même éliminera les damnés du tableau de la création pour les expédier en enfer.

Consciemment ou non, tous les vampires craignent la Géhenne. La raison en est simple : rares étaient ceux qui croyaient aux vampires avant d’en devenir eux-mêmes. Autant dire qu’en découvrant un monde empli de créatures défiant l’imagination des mortels, la peur suffit à ébranler les caïnites les plus vaniteux.

La question n’est pas de savoir si la Géhenne se produira, mais quand elle se produira. Seuls les damnés les plus têtus sauraient ignorer les multiples prophéties traitant de la fin des temps. La fin approche, mais quand surviendra-t-elle ?

Golconde

La pression constante de la paranoïa, de l’apocalypse, du Jyhad et de l’horreur existentielle qui consiste à se nourrir de sang humain, tout cela est plus que ne sauraient le supporter certains damnés. En effet, avec l’éternité devant soi, qui voudrait vivre chaque nuit dans la terreur que connaissent les vampires ? Pour se sortir du Jyhad et se défaire de leur statut de prédateurs, certains vampires empruntent la voie de Golconde. Selon les rumeurs, Golconde est un état permettant de « transcender » le vampirisme, de ne plus avoir à se préoccuper de la Bête et de sa soif inextinguible.

Mais Golconde n’est peut-être qu’une fable. Rares sont les damnés qui en connaissent un prétendant l’avoir atteinte, et plus rares encore sont ceux qui l’ont trouvée. Nul ne saurait dire ce qu’est vraiment Golconde, qui relève plus du domaine religieux ou philosophique que de la réalité. Ceux qui l’atteignent sont-ils des saints qui ont transcendé le vampirisme, ou ont réussi à se libérer de son poids ? L’intéressé est-il béatifique, ou s’agit-il d’un monstre qui ne s’encombre plus des considérations morales qui tourmentent le reste de la race caïnite ?

Ceux qui affirment avoir atteint Golconde ne répondent pas.